Parution Magazine Vacance

Par Voyageurs Du Monde

N°5 – printemps / été 2018

 

 

 

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J’embrasse la liberté

 

Récit de Voyage écrit par Aurélia Tazi

 

Une nuit d’insomnie, j’ai pris cette décision : réaliser mon rêve. Faire une marche au long cours, en solitaire, c’est-à-dire sans guide ou sans autre adulte, mais néanmoins accompagnée par mes filles. Elles sont bien trop petites pour être séparées de moi si longtemps, et de toute façon… je suis une maman. C’est avec elles que j’ai envie de vivre ces huit semaines de nomadisme et de quotidiens sauvages. Au printemps 2015, je suis donc partie à pied de notre maison de Marrakech, pour un périple de deux mois, avec mes trois filles franco-marocaines âgées de 4, 6 et 8 ans, une mule et un chien. Avec pour quête ultime les dunes du Sahara, à plus de 600 kilomètres, de l’autre côté de la chaîne montagneuse du Haut Atlas. Je répondais simplement à mon désir ardent d’explorer le monde au rythme du pas.

 

Mon mari Sadek a été mon plus grand complice dans cette aventure. Non pas complice pour les préparatifs du voyage, mais pour quelque chose de plus essentiel : me comprendre et me faire confiance. Bien sûr, la perspective de nous imaginer, les enfants et moi seuls dans ces grands espaces l’effrayait. Mais il savait qu’en nous laissant partir, il me permettait de m’épanouir pleinement. Pourquoi je pars ? Parce que c’est mon rêve.

Nos rêves nous nourrissent, ils sont la vie. Et la vie, c’est tout de suite.

 

 

 

Lundi 23 mars 2015. Marrakech. Le départ

 

Cela fait plusieurs mois que je prépare cette aventure. En ce début de printemps, nous y voilà enfin. Tout est prêt. Quatre-vingts dix kilos de chargement que nous pourrons transporter grâce à Gypsie, notre mule, achetée dans un souk de montagne quelques semaines plus tôt. Nous emmenons : une petite tente résistante et des sacs de couchage bien chauds, des tapis de sol autogonflants, les quelques habits des filles rangés dans un sac en forme de taie d’oreiller qui leur serviront de coussins pour la nuit, un cabas rayé pour mes fringues, les serviettes de toilette et les vestes de pluie, un énorme stock de nourriture bio qui sera complété par de réguliers approvisionnements frais et locaux,  plusieurs kilos d’orge pour la mule et des boîtes de sardines pour notre chien Loulou,  une bouilloire émaillée ancienne, une petite caméra et un bon micro, un trépied et la valise de tournage comprenant le matériel de base pour filmer notre périple (l’ordinateur, les disques durs, les cartes mémoire, le chiffon de nettoyage, le spray anti-poussière, les batteries et les chargeurs), le sac magique avec ses nombreux antidotes remonte-moral et autres surprises, un peu de matériel de cuisine (bassine, thermos, ustensiles, couteaux suisse, cuillères et bols en bois fabriqués localement), une trousse de pharmacie à base d’huiles essentielles et de plantes, Emma, la poupée de tissu, une pochette d’activités pour les enfants (carnets de route, crayons, cahier de maths de Lila), plusieurs bidons d’eau, un beau tapis coloré marocain fait de chutes de tissu, une guirlande aux motifs bariolés, 14 cartes d’orientation avec un itinéraire tracé au feutre, un gps qui me servira uniquement les jours où j’aurai pensé à charger les piles, en m’indiquant nos coordonnées, mais pas de carte intégrée, un téléphone portable très simple, un lourd piquet de fer et une corde de plusieurs mètres pour attacher Gypsie pendant les haltes et les bivouacs. Tout cela doit rentrer dans les deux panières.

 

Comment vais-je empiler tout ça ? Impossible, ça ne rentrera jamais. Et pourquoi ma mule ne reste-t-elle pas tranquille quand je la charge ? Comment trouver l’art et la manière de tout équilibrer ? Heureusement, ce premier jour, deux super copines sont là et m’encouragent. « Rajoute du poids à gauche. Resserre un peu par ici. Tire plus sur cette corde là ». Nous rions. Je me détends. J’ai confiance, dans quelques jours, cela deviendra facile et évident.

 

Une fois tout notre matériel bien ficelé sur Gypsie, j’y hisse Maya et sa petite sœur Yoko. Lila elle, du haut de ses huit ans, s’apprête à marcher tout du long. Je m’enlace longuement dans les bras de mon homme, quelques larmes d’émotion suivies d’un grand sourire, tout semble juste. Dans deux semaines il nous rejoindra là où nous serons et nous passerons 48 heures ensemble. Les filles pourront ainsi profiter de leur papa. Il nous ramènera quelques vivres-cadeaux et commencera son reportage photos. Il en sera ainsi chaque quinzaine. C’est la fin de la matinée, et nous quittons notre maison pour faire nos premiers pas vers l’inconnu. Où dormirons-nous ce soir ? Je n’en sais rien, et c’est ce qui me plait. Nous sommes en pleine campagne et devant nous l’Atlas. Tout de blanc vêtu, majestueux et captivant, avec ses sommets à 4000 m. C’est lui que je veux étreindre.

 

 

 

Dimanche 5 avril. Ijoukak,  petit gîte au fond d’une vallée.

 

Nous marchons depuis presque deux semaines et avons déjà accompli 125 kilomètres. Les journées sont chaudes, il y a rarement de l’ombre, les filles s’adaptent à tout. Bien sûr se déplacer avec des jeunes enfants me demande une patience infinie. Parfois, en une heure nous ne faisons même pas deux kilomètres. « Maman j’ai soif ! Maman j’ai faim, je suis fatiguée et j’ai envie de faire pipi ! Maman j’ai trop chaud ! Maman attends, mon lacet s’est ouvert ! Maman je veux descendre de la mule ! Maman j’ai froid !». Il me faut accepter ces interruptions incessantes, ne pas oublier que ce même jour, ou demain, viendrons d’autres heures, où nous abattrons ensemble des kilomètres, complices dans l’émerveillement de ce que nous sommes capables de parcourir comme distance avec nos propres moyens.

 

Nous dormons tantôt sous tente et tantôt chez l’habitant, ou parfois comme ce soir, dans une petite auberge. A midi nous pique niquons au milieu de ces paysages grandioses, et nous nous retrouvons souvent seules dans ces immensités. C’est ça le luxe.

 

Nous avons aussi vécu quelques petites frayeurs, comme le jour où Loulou est tombé dans une séguia d’irrigation et s’est fait emporté par le courant ou cette fin d’après-midi lorsque Gypsie a glissé dans la boue avec tout son chargement et n’arrivait plus à se relever. A chaque fois, ma bonne étoile était là et des villageois sont venus à notre secours.

 

Je suis émue par ces gestes si spontanés de solidarité. Les rencontres avec les habitants me portent. Combien de sourires déjà échangés ? De verres de thé offerts et partagés ? De portes ouvertes pour nous héberger pour la nuit ? De tajines mangés dans le même plat ?

 

Dans les montagnes habitent les berbères, leur mode de vie est sobre et inspirant. L’hospitalité fait partie de la culture. Je suis bouleversée par leur générosité. Toujours nous sommes accueillies et nourries. Ils cuisent des pains délicieux directement sur la paroi de leur petit four de terre, et au petit déjeuner en guise de tartine, nous trempons des morceaux encore tièdes, dans de l’huile d’olive et du miel de fleur d’oranger. C’est exquis !

 

Aujourd’hui c’est notre halte logistique hebdomadaire: au hammam du village nous nous refaisons peau neuve, dans la rivière en contre-bas nous faisons notre lessive à haute dose de savon de Marseille et d’huile de coude, nous devons également nous approvisionner  en  produits frais, acheter deux sacs d’orge pour la mule, et passer chez le couturier pour rafistoler quelques cicatrices que la route a laissé sur nos vêtements.

 

 

Mercredi 8 avril. Au cœur de l’Atlas. Les cadeaux de la route.

 

Ce matin au réveil la nature à déposé un précieux cadeau devant notre porte: la vallée que nous surplombons est entièrement recouverte de nuages, c’est féérique. Une mer d’écume blanche en pleine montagne.

 

Hier soir, nous avons planté la tente sur un endroit à peu près plat non loin de la piste sur laquelle nous n’avons encore croisé personne. Depuis deux jours nous sommes en moyenne-montagne, au-dessus de 2000 mètres ; ce sont dans ces altitudes que nous resterons les trois prochaines semaines. Devant nous, quantité de cols à franchir.

 

La marche est méditation. Elle nous ressource. Elle nous ramène à la simplicité et à l’essentiel. Elle nous relie à la nature et à nous-mêmes. Intérieurement, je m’apaise et je m’élève.

 

Allongées sur le tapis Lila fait des maths et Maya dessine pendant que Yoko chantonne toute seule en ramassant des petits trésors et que moi, je m’attèle à ma tâche quotidienne, plier, remballer, rassembler, empaqueter, tasser et entasser toutes nos affaires. Deux heures devenues rituel qui marquent le commencement d’une nouvelle journée dans notre vie de vagabondes.

 

11h, nous voilà enfin prêtes. En route. Quelques heures plus tard, nous rencontrons deux bergers et leur immense troupeau. Nous sommes invitées sur place et sur le champ à partager un verre de thé avec eux. Au milieu de quelques buissons épineux, en plein soleil, ils allument un petit feu. Dans une théière recouverte d’une épaisse couche de suie, l’eau se met à bouillir. Je nous sens liés par la magie de cet instant, une rencontre presque silencieuse, douce, un thé à la menthe, et quelques regards complices et bienveillants.

 

En fin de journée après avoir passé un col à 2300 mètres, nous apercevons un village de terre qui se fond complètement dans le paysage et semble s’agripper aux flancs de la  montagne.

 

En descendant la piste, le long de ces maisons de pisé, je pense une fois encore à tous ces modes de vies possibles sur la planète, il existe tant de paradigmes. Toutes ces différences et pourtant, les mêmes peurs et les mêmes joies. Toutes ces croyances et pourtant, une langue universelle : le sourire. Chacun d’eux est pour moi si précieux et fait vibrer mon cœur.

 

Ce soir un bivouac surprenant, nous avons en guise de tente l’ancienne salle de classe de l’école du village. Une pièce poussiéreuse et vide avec un plafond en voûtes de style gothique faites de briquettes de terre. Sur les murs quelques peintures à moitié effacées de Titi et Grosminet. A côté de ce petit bâtiment se construit une mosquée en pierres. Les ouvriers nous apportent de la soupe et du lait chaud.

 

Une fois les enfants endormis, je suis seule et j’enlève ma casquette de maman, pour mettre celle de réalisatrice. Je vérifie alors les rushs de la journée et les transfère via l’ordinateur sur les deux disques durs externes, je contrôle l’état de mon matériel, recharge toutes les batteries, classe les cartes mémoires et prends quelques notes. Cela rallonge beaucoup mes journées sans pour autant y ajouter de la fatigue. Tourner ces images et oser croire au possible de ce film me nourrit. Mon désir de réussir ce long-métrage est aussi fort que celui d’atteindre les dunes.

 

 

Vendredi 24 avril. Arrivée au bourg de Taznakht. 1400 m.  Exploit.

 

Aujourd’hui encore, il nous a sauvé : ce sac magique est vraiment magique, grâce à lui nous avons atteint Taznakht et marché 22 kilomètres, un record. Il est rempli de petits trésors et de ressources qui nous redonnent la pêche, le moral ou l’énergie. Il nous berce, nous entoure de douceur, nous soutient en fin d’après-midi pour les derniers kilomètres d’une longue journée de marche. Qu’est-ce qu’on y trouve à l’intérieur ? Nos cahiers précieux – dans celui des filles des photos de leurs copines, de leur papa et de leur chambre, dans le mien des citations et extraits des livres qui m’inspirent, des snacks bio (boîte à bonbons, tablettes de chocolat, noix et fruits secs), notre cahier d’inspiration (avec nos meilleures idées de jeux et d’idées créatives à faire sur la route), de l’huile essentielle de pamplemousse (parce que ça sent si bon) et… les lettres-surprises commandées à nos amis avant notre départ, précieux cadeaux que nous ouvrons au compte-goutte.

 

 

Dimanche 26 avril. C’est reparti .

 

C’est une longue route goudronnée qui s’allonge devant nous pour quitter vraiment l’Atlas et atteindre Agdz. Je veux éviter le bitume, et d’après mes cartes il y a quelques sentiers à travers ces collines arides. Nous nous engageons sur l’un d’eux, ils sont à peine visibles, le sol est recouvert de caillasses et d’herbes mi-hautes jaunies. L’avancée est fastidieuse, le terrain est difficile, j’ai du mal à nous orienter. Nous nous égarons, prenons de la hauteur malgré nous. Et maintenant comment poursuivre ? Par où redescendre et retrouver la route ? Lila repère un lit de petite rivière asséchée. Nous voilà engagées et Gypsie, ma déesse, mon héroïne, ma toute belle, fait preuve une fois encore d’une habilité et d’un courage hors pair. Elle descend sur les gros cailloux qui sont comme des marches, parfois même des grands rochers plats et raides, avec tout son chargement sur le dos ! Elle m’impressionne. Une heure plus tard, hourra, nous avons retrouvé le bitume et nous y resterons sur les prochains 80 kilomètres.

 

 

Mercredi 29 avril. Le long du bitume. Belle surprise.

 

Mais la route goudronnée nous réserve elle aussi ses cadeaux : un van mercedes rouge et blanc, immatriculé en Autriche, nous dépasse puis s’arrête sur le bas-côté, en débarque une famille de 4 enfants – dont deux garçons blonds aux cheveux longs. Ils respirent l’enfance libre et heureuse. Nous passons trois jours ensemble, je marche seule la journée, pendant que mes filles profitent de leurs copains de route. Le soir nous nous retrouvons, au son de la guitare et autour de soupes délicieuses, dans des sites sublimes. Partage simple et évident qui nous a tous ressourcé.

 

 

Jeudi 30 avril. Quelque part après avoir franchi l’Atlas. Voyage intérieur.

 

Je suis une vraie mère sauvage et avec mes enfants je vis, dors et mange dans la poussière, au milieu de la vie. Que c’est bon ! Mes filles ne cessent de me surprendre par leur créativité, leur imagination sans limite et leur joie de vivre.

 

Pourtant ces deniers jours, c’était dur d’être une maman ! Je luttais malgré moi avec mes petites, je perdais patience, je m’énervais, je ne trouvais plus les bons mots ni le bon ton, j’en avais marre, je ne m’en sortais pas sur le registre émotionnel. Pourquoi notre relation est-elle si compliquée à certaines heures ? Pourquoi est-ce si ingrat parfois alors que j’ai l’impression d’avoir déjà tant donné pour eux ? Comment font les autres mamans ?

 

Et puis, dans la lenteur du pas, au fil des jours, j’ai compris que je courrais après une mère parfaite qui n’existe pas.

 

Perdre patience ou engueuler mes enfants alors que je prône la bienveillance et la communication non-violente, n’était pas acceptable dans ma vision de la parentalité. Dans ces moments là, alors que je me retrouvais déjà dans une impasse, j’écoutais cette petite voix intérieure qui me disait : « t’es nulle ! t’es vraiment pas une bonne mère ! » Cela ne faisait que m’enfoncer plus bas.

 

J’ai compris que la seule maman parfaite est celle qui s’aime inconditionnellement avec ses imperfections. Etre une maman parfaite, c’est accepter que certains jours je n’y arrive pas ! Et même rire de cela ! C’est accepter que je me mette en colère avec mes filles, que je parle en les sermonnant, que je hausse trop le ton, que je sois injuste, que je n’ai pas tenu une promesse.

 

Maintenant quand il m’arrive d’être en pleine tempête, ou d’avoir la sensation d’échouer, je me dis : « tu es géniale ! tu assures ! tu es une super maman ! » et comme par magie… envelopper par la douceur de ces mots, l’ouragan se calme, je respire et me détends.

 

Bien sûr que je suis un super maman… Comme autant de mamans sur cette planète qui jour après jour donne tant de leur temps et de leur amour à leurs enfants. Soyez fières de vous ! Je vous le dis, vous êtes toutes des mamans extraordinaires. Chacune d’entre vous.

 

 

Lundi 4 mai. Agdz, petite ville de la province de Zagora.

 

Nous débutons notre septième semaine de marche. Ici de l’autre côté du Haut-Atlas, tout est désertique, sauf dans la vallée où coule l’oued Drâa et regorge la vie : des cultures maraichères, des palmiers dattiers, des céréales, de nombreux villages, des gigantesques Kasbah de terre, à l’architecture parfaite.

Dans cette région le climat est rude, les températures montent facilement jusque 40°C en journée et à 9h du matin il fait souvent déjà bien plus de 30. Pour nous, cela veut dire changement de rythme. Nous marcherons le matin de 5h30 jusque 10h, puis nous ferons une halte à l’ombre des palmiers ou chez l’habitant et vers 17h je chargerai Gypsie pour la deuxième fois de la journée pour abattre encore quelques kilomètres jusqu’à 20h.

 

 

Mardi 5 mai. Vallée du Drâa. Le long des pistes, j’embrasse la liberté.

 

Débutent deux semaines de cavale et d’émerveillement dans la vallée du Drâa. Nous faisons plein de rencontres et nous mangeons beaucoup de pastèques. Il fait excessivement chaud, chez l’habitant nous dormons tous par terre dans les cours des maisons. Notre rythme est très soutenu et mes nuits sont de plus en plus courtes, mais je suis tellement aimantée par mon rêve que cela me donne des ressources inimaginables. Les filles aussi sentent cette même attraction et sont formidables. Je suis envoutée par l’ambiance et le foisonnement de la vie paysanne de cette vallée. Partout où je pose mes yeux, l’esthétique est parfaite.

 

 

 

Mercredi 6 mai. En direction du petit village de Tansikht. Marche de nuit

 

Il est un peu plus de 19h, nous marchons sur une large piste de terre, en chantonnant, encore portée par la fraîcheur d’une rencontre et par les cadeaux : j’ai calé deux pastèques sur le chargement, je porte la troisième dans mes bras. Elle fait environ 7 kilos ! Nous espérons atteindre un camping situé à encore 8 kilomètres de là. Je n’ai pas la carte de ce petit bout de région.

 

Une heure plus tard la nuit tombe et l’idée du camping m’obsède. Chercher un endroit de bivouac n’est pas mon plan. Nous marchons sur des pistes, croisons même une route départementale… pourtant … je n’arrive plus à m’orienter … surtout que maintenant il  fait nuit ! J’appelle Sadek pour qu’il m’aide en lui donnant mes coordonnées GPS mais ce coup de fil reste confus et ne m’apporte rien. Cette fois-ci il fait nuit noir et je vois des lumières d’un village au loin … qui me paraît vraiment trop loin. On croise une veille femme qui marche seule je lui demande la direction du village de Tansikht elle m’indique par là et poursuis, elle son chemin seule dans le noir …. je me demande vers où. Nous nous éclairons avec la faible lampe de poche du téléphone, je tiens toujours mon énorme pastèque dans les mains, nous sommes sur une route goudronnée sans savoir vraiment vers où nous allons, je crois même que nous tournons en rond, il y a là quelque chose d’absurde, et malgré ça les filles, comme souvent dans ces moments là, ont la pêche, la même confiance en la route que moi, une certaine excitation même, d’être dans cette mini galère… marcher en pleine nuit vers un espoir, un miracle … celui de trouver une maison pour nous accueillir.

 

Une demi-heure plus tard et plus loin… c’est ce qu’il nous arrive. Rencontre avec une  famille nombreuse au cœur si grand. « Chaque jour est à lui seul une vie » comme dit Sénèque.

 

 

 

Dimanche 17 mai. Tagounite. Petit bourg aux portes du Sahara. L’arrivée.

 

Nous sommes une vraie petite caravane du désert : c’est avec un chameau, Idir le chamelier et Sadek, arrivé l’avant-veille, que nous terminons notre périple.

 

Fin d’après-midi, après des heures de marche sous le soleil, dans un terrain caillouteux,  nous franchissons un dernier petit col et là tout d’un coup au loin à peine visible… nous les voyons : les dunes.

 

Deux heures plus tard nous foulons le sable fin du Sahara. Les filles sont émerveillées et excitées. Elles s’élancent, gambadent, se jettent dans les pentes de sable, poussent des cris de joie. « Maman, on a gagné ! ».

 

Merci la vie pour tous ces petits miracles, enfilés comme un collier de perles pendant ces dernières huit semaines d’errance.

 

Je souris. Joie silencieuse. Mon corps est épuisé, courbaturé, en vrac, fatigué. Tout est parfait. Les dunes sont sublissimes et s’étendent à l’infini. A la tombée de la nuit, Idir cuit un pain délicieux dans le sable et les braises. Je ne suis plus que gratitude.

 

 

Dernier matin.

 

Tout le monde dort encore. C’est le levé du jour et je marche pieds nus sur les hautes crêtes de sable. Seule, remplie, grandie.